Cinq chauffeurs de VTC, soutenus par le syndicat FO INV, ont porté plainte contre Uber pour traite d’êtres humains. L’information, révélée par Libération, a été confirmée par leur avocat, Maître Samir Kahoul.
Une stratégie de recrutement massif visée par la plainte
Selon l’avocat des plaignants, l’objectif de la démarche est de prouver l’existence d’un système de recrutement à grande échelle destiné à exploiter une main-d’œuvre vulnérable. Il accuse la plateforme de cibler délibérément des personnes en situation de précarité afin de les placer dans une dépendance économique vis-à-vis de l’entreprise.
Des chauffeurs en mauvaise santé
Les cinq plaignants présenteraient des profils révélateurs, selon leur défense, d’une exploitation professionnelle couplée à une détérioration continue des conditions de travail. Parmi les pathologies récurrentes évoquées par l’avocat figurent des troubles de santé mentale, de l’arthrose ainsi que des problèmes prostatiques.
Maître Kahoul relie ces problèmes de santé à la baisse des revenus tirés de la plateforme : pour parvenir à dégager un salaire correct, les chauffeurs seraient contraints d’enchaîner de longues heures de connexion, parfois toute l’année sans interruption. Il résume la situation en expliquant que ce rythme affecte directement la santé physique et mentale des travailleurs concernés.
Une procédure inédite et symbolique
L’avocat reconnaît lui-même le caractère audacieux de cette plainte, portant sur une infraction pour laquelle la jurisprudence reste quasiment inexistante. Il estime toutefois que les conditions nécessaires pour caractériser la traite d’êtres humains sont réunies, et considère que le sujet mérite au minimum un débat judiciaire et public, qualifiant sa démarche de symbolique et philosophique.
Il ajoute que si le parquet de Paris décide d’engager des poursuites, d’autres plaignants pourraient rejoindre la procédure. Il évoque notamment le cas d’un chauffeur ayant été victime d’un AVC au volant, ainsi que d’autres épisodes de crises cardiaques ou de ruptures d’anévrisme survenus chez des chauffeurs, un phénomène qu’il juge insuffisamment pris au sérieux.
La réponse d’Uber
De son côté, Uber rejette catégoriquement ces accusations tout en se disant ouvert au débat sur le modèle économique des plateformes. L’entreprise rappelle que ses 65 000 chauffeurs actifs exercent leur activité dans un cadre juridique précis, avec des droits et obligations définis, et affirme rester engagée dans la négociation collective, qui a déjà permis plusieurs accords, notamment sur les revenus, dans une logique d’amélioration continue des conditions de travail.
Cette affaire fait écho à une plainte similaire déposée en avril 2026 par quatre associations de livreurs contre Deliveroo et Uber Eats, également pour traite d’êtres humains alors une première à l’époque.




