Depuis le 27 juin 2026, un exploitant VTC n’a plus le droit de mettre son inscription au registre à la disposition d’un tiers, gratuitement ou contre paiement. La loi n° 2026-534 a mis fin au rattachement, dont les limites juridiques étaient connues de longue date. Le 9 septembre, après une vérification fiscale de la coopérative Stairling, ses chauffeurs ont reçu un courrier leur réclamant de 3 000 à plus de 30 000 € chacun au titre de leurs indemnités kilométriques. Quelques minutes plus tard, un second message annonçait que la coopérative y renonçait.
Un chauffeur qui tire tout son chiffre d’une seule structure subit ses décisions. Un hôtel, une conciergerie ou une PME qui vous commande des courses sous contrat ne change pas vos conditions par un simple message. Pour démarcher, deux outils suffisent au départ : une grille tarifaire VTC imprimée à votre nom, que vous laissez sur le comptoir, et un module de réservation VTC qui prend les commandes pendant que vous conduisez. Reste à trouver les bons clients, à cadrer la relation et à vous faire payer.
Un chauffeur VTC indépendant présente sa grille de prix à la réception d’un hôtel
Quels clients pros un chauffeur seul peut-il servir ?
Un chauffeur seul a une voiture et fait une course à la fois. Visez donc des clients qui commandent la veille ou le matin pour l’après-midi. Le séminaire qui réclame six vans à la même heure, laissez-le aux flottes. Trois profils collent à ce rythme.
Les hôtels indépendants
Commencez par les établissements qui ne dépendent pas d’une centrale de groupe. La décision s’y prend à la réception ou dans le bureau du directeur, et un rendez-vous suffit. Leurs demandes tournent autour des gares et des aéroports : un client qui arrive à 7 h, un autre qui repart à 16 h. Ce que veut le réceptionniste tient en une phrase : un numéro qui répond et un prix qu’il peut annoncer sans vous rappeler.
Les conciergeries et gestionnaires de locations meublées
Leurs voyageurs arrivent au rythme des vols et des trains, souvent avec des bagages et sans connaître la ville. Le gestionnaire cherche quelqu’un qui attend à la sortie et dépose le voyageur devant la bonne porte. Il vous enverra l’horaire de vol. À vous de le surveiller.
Les PME et cabinets du coin
Un cabinet d’avocats, une agence d’architectes ou une PME industrielle font venir des clients, envoient des dirigeants en rendez-vous, organisent un aller-retour gare. Ils paient sur facture, à échéance. Leur exigence porte moins sur le prix que sur une note de frais propre.
Client | Délai de commande habituel | Mode de paiement | Ce qui vous fait perdre le compte |
Hôtel indépendant | La veille, parfois le jour même | Le client de l’hôtel paie, ou l’hôtel refacture | Un retard à l’aéroport |
Conciergerie, location meublée | Quelques jours avant l’arrivée | Facture à la conciergerie ou paiement du voyageur | Un voyageur qui ne trouve personne |
PME, cabinet | La veille ou la semaine d’avant | Facture mensuelle, à échéance | Une facture illisible ou en retard |
Le contrat-cadre, le papier qui vous couvre entre deux courses
Un contrat-cadre est un accord écrit qui fixe, pour toutes les courses à venir d’un client, les prix, les délais de commande et les conditions de paiement. Vous ne signez pas un document à chaque trajet : vous signez une fois, puis chaque course est commandée sur sa base.
Ce contrat a un autre effet, moins connu. L’article L. 3122-9 du Code des transports impose au conducteur VTC, une fois la course terminée, de retourner au lieu d’établissement de l’exploitant ou dans un stationnement hors de la chaussée. Il prévoit une exception : le conducteur qui « justifie d’une réservation préalable ou d’un contrat avec le client final ». Un contrat écrit avec le client final peut vous dispenser du retour à la base entre ses courses. Le texte ne précise pas jusqu’où va cette exception, et elle ne vous autorise jamais à attendre d’autres clients sur la voie publique.
Ce que le contrat ne couvre pas
Le contrat ne dispense pas de la réservation préalable. Sans elle, l’article L. 3120-2 interdit toute prise en charge, et il interdit aussi de stationner aux abords des gares et des aéroports au-delà d’une durée fixée par décret. L’article D. 3120-3 fixe cette durée à une heure avant la prise en charge réservée. Votre client hôtelier a une arrivée à Roissy à 10 h 30 ? Vous ne vous garez pas à l’aéroport avant 9 h 30, contrat ou pas.
Chaque course garde aussi son justificatif de réservation. L’arrêté du 6 août 2025, en vigueur depuis le 29 octobre 2025, fixe 7 mentions obligatoires. Ce sont vos nom et coordonnées, votre numéro d’inscription au registre VTC, votre SIREN, le nom et le téléphone du client, la date et l’heure de la réservation, la date et l’heure de prise en charge, le lieu de prise en charge. Le générateur de bon de commande VTC de Droovi, gratuit et sans inscription, reprend ces 7 mentions et sort un PDF à présenter en cas de contrôle.
Dans le contrat lui-même, écrivez au minimum cinq choses. D’abord la grille de prix annexée, puis le délai minimum de commande, le traitement d’une annulation tardive, le prix de l’attente au-delà d’un temps offert, et l’échéance de paiement. Le reste se négocie au fil des courses.
Arriver chez l’hôtelier avec ses prix déjà écrits
Un réceptionniste ne peut pas annoncer un prix au kilomètre à un client qui part à l’aéroport. Il lui faut un forfait. Préparez donc vos liaisons fréquentes à prix fixe : centre-ville vers l’aéroport, vers la gare, aller-retour vers le parc des expositions. Ajoutez une mise à disposition à l’heure et des suppléments lisibles pour la nuit, le van ou les bagages hors format.
Pour un client professionnel, affichez vos prix hors taxes. Le transport de personnes est taxé à 10 % (article 279 b quater du Code général des impôts). Si vous êtes en franchise en base, le seuil est de 37 500 € de chiffre d’affaires pour les prestations de services en 2026 : vos devis et factures portent alors la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Le document compte autant que les chiffres. Une grille d’une page, à votre nom, avec votre numéro d’inscription, reste sur le comptoir de la réception. Un SMS avec trois prix disparaît dans le fil du téléphone. Le générateur gratuit de Droovi sort ce PDF à votre logo, avec vos forfaits, vos suppléments et le choix HT ou TTC, sans inscription. Le prix posé au premier rendez-vous devient le prix de l’année, alors ne descendez jamais en dessous de votre coût de revient pour décrocher le compte.
L’hôtel demande une commission
La question arrive souvent au deuxième rendez-vous. Deux montages existent. Dans le premier, l’hôtel vous achète la course et la refacture à son client au prix qu’il veut : vous facturez l’hôtel, il fixe sa marge, rien d’autre à gérer. Dans le second, le client vous paie directement et l’hôtel vous facture une commission pour l’avoir orienté vers vous.
Le second montage demande plus de rigueur. La commission fait l’objet d’une facture de l’hôtel, à votre nom, que vous gardez avec vos pièces comptables. Une commission réglée en liquide, sans facture, ne laisse aucune trace : le jour d’un contrôle, vous ne pourrez justifier ni la dépense ni la relation.
Reste une zone grise. Le Code des transports appelle « centrale de réservation » le professionnel qui met en relation des clients avec des conducteurs professionnels (article L. 3142-1). Une centrale doit déclarer son activité chaque année, sous peine de 15 000 € d’amende, répond de plein droit de la bonne exécution de la course et souscrit une assurance de responsabilité civile professionnelle. Aucun texte ne dit si un hôtel qui touche une commission régulière tombe dans cette catégorie. Le premier montage réduit probablement le risque, puisque l’hôtel vous achète une prestation et la revend au lieu d’orienter un client contre rémunération. Aucun texte ne le tranche non plus. Dans ce montage, l’hôtel devient votre client mais pas le client final : l’exception de l’article L. 3122-9 ne joue alors qu’avec une réservation au nom du voyageur.
Laisser le client réserver pendant que vous conduisez
Le téléphone sonne sur l’A1 pendant que vous ramenez un client de Roissy. Vous ne décrochez pas, la conciergerie appelle quelqu’un d’autre.
Trois réponses existent, de la moins chère à la plus outillée. WhatsApp et le téléphone ne coûtent rien, mais chaque demande vous oblige à répondre, puis à tout ressaisir. Un formulaire de contact sur votre site fait attendre le client pendant que vous préparez un devis. Un module de réservation affiche vos prix et enregistre la course sans vous.
Le module de Droovi fonctionne avec une ligne de code à coller sur votre site, ou avec un lien à envoyer à l’hôtel si vous n’avez pas de site. Les prix viennent des grilles tarifaires de votre compte Droovi. Le client paie à bord ou en ligne sur votre propre compte Stripe, sans commission prélevée par Droovi. Un délai minimum, réglé par défaut à 12 heures, empêche une réservation pour dans vingt minutes quand vous êtes déjà en course.
Le module coûte 50 € HT par mois et s’ajoute à un abonnement Droovi à partir de 19,90 € HT, soit 69,90 € HT par mois au minimum. Faites le calcul avec votre propre forfait : si votre liaison aéroport est à 70 € HT, le chiffre d’affaires d’une seule course réservée par ce canal dans le mois dépasse le prix de l’abonnement.

Un chauffeur VTC indépendant vérifie ses factures du mois dans sa voiture
Se faire payer par un client professionnel
Un client professionnel paie à échéance, pas à la descente du véhicule. L’article L. 441-10 du Code de commerce fixe le délai par défaut à 30 jours après l’exécution de la prestation. Un contrat peut l’allonger, sans dépasser 60 jours après la date de la facture ou 45 jours fin de mois. Pour une facture mensuelle récapitulative, le plafond tombe à 45 jours après son émission. Écrivez votre échéance dans le contrat-cadre, sinon chaque hôtel appliquera la sienne.
Votre facture doit porter l’échéance, le taux des pénalités de retard (au moins trois fois le taux d’intérêt légal) et l’indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement, due par facture payée en retard. La mention est obligatoire entre professionnels, même si vous ne comptez pas la réclamer.
La facture électronique arrive aussi chez vous. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les micro-entreprises devront les émettre à partir du 1er septembre 2027. Réception comme émission passent par une plateforme agréée, à choisir si ce n’est pas encore fait.
Le premier geste à prendre dès votre premier client pro : le 1er de chaque mois, envoyez-lui la facture du mois écoulé avec le relevé des courses, une ligne par trajet (date, référence du bon de réservation, trajet, prix HT). Un comptable d’hôtel paie plus vite ce qu’il peut pointer ligne à ligne.





